Le roman du jeudi # 5
18 juin 2026
Small Town Sins
Ken Jaworowski
Seuil – 336 pages – Avril 2026
Il y a des péchés enfouis en chacun d’entre-nous, qui attendent de chuchoter à notre oreille et de prendre de la voix afin de nous orienter sur un chemin qu’il sera, dès lors, impossible de rebrousser. Certains, plus rares, sont toutefois capables de nous faire toucher du doigt l’infiniment grand…
On suit une trinité de personnages, chacun avec des choix lourds de conséquences qu’ils vont entreprendre, poussés par l’envie, une certaine idée de la justice ou, tout simplement, de ce qui doit être fait quand personne d’autre n’est là pour endosser son rôle. Cette somme d’argent, découverte par mégarde, rappelle ainsi l’excellent Petits meurtres entre amis de Danny Boyle, tout en s’en détachant par le ton et la conclusion attendue. Parce que l’on s’éloigne ici des clichés du genre pour se concentrer sur la psyché des uns et des autres, et non sur une sorte de destin moulé en un frisbee qui, forcément, va opérer un retour à l’envoyeur qui représente le crochet du droit bien senti de la morale.
Loin du « je te l’avais bien dit », Ken Jawarowski va emmener ses personnages dans des tourments et des doutes que seule la vie et ses incongruités peuvent traverser, avec ses hasards et ses coups de chance, mais généralement ses coups du sort et ses ratés. A ce point humains que l’on en a la larme à l’œil quand ils posent un genou à terre, nos anti-héros se débattent entre nos mains, une page après l’autre. La résultante de succomber à ses péchés se met en place, comme un piège à loup peut claquer d’une seconde à l’autre et vous choper sans discrimination de ce que vous êtes : proie, chasseur ou malheureux passant. Alors on tremble tandis que les derniers chapitres se cèdent la place, étranges coureurs ayant cette fougue de franchir la ligne d’arrivée... peut-être pour y mourir. Un très beau roman avec une poignée de personnages aussi intenses que touchants.
Grégory Covin