La BD du mardi # 3

19 mai 2026

Le Dernier écrivain - Tome 01

de Chitose Akai

Glénat

Depuis un peu plus de trois ans maintenant la réflexion sur l’utilisation de l’IA a franchi un nouveau cap et vient accompagner la multiplication de contenus générés par des programmes artificiels. Si les IA accompagnent de plus en plus les hommes et les femmes qui font parfois appel à eux comme ami, ou psy, l’utilisation d’IA c’est aussi et surtout accrue dans la création artistique. Que ce soit pour traduire un roman dans une langue, pour concevoir un graphisme à l’aide de mots clés lancés dans un programme, ou des musiques composées à partir de deux ou trois notes injectées et ingérées par la machine. Alors que des garde-fous viennent alerter contre une utilisation systématique et généralisée de programmes, là où l’IA ne devait que faciliter ou aider le créateur dans des tâches jugées chronophages, les développements récents prouvent que plus rien ne peut stopper son utilisation dans l’ensemble du processus créatif. Cela accouche in fine, et la plupart du temps, d’œuvres lissées, sans âme, qui puisent leur « unité » dans l’absorption d’œuvres pillées et réagencées au bon vouloir de pseudo-artistes ratés. Et l’IA progresse si vite dans sa capacité à copier l’original, que le consommateur, qui n’est pas artiste ou spécialiste, n’arrive plus à distinguer l’œuvre d’un auteur de celle d’une machine.

Yagura Sugai est un romancier sans succès dont les œuvres ne se sont jamais arrachées sur les étals des librairies. Alors qu’il apprend être atteint d’un mal incurable, qui ne soit lui laisser qu’un an à vivre, il rencontre une jeune femme, fan absolue de son œuvre, avec qui il vivra une histoire d’amour. Mais la maladie rattrape Yagura qui, pour se laisser une chance de « survivre » dans un futur placé 100 ans en avant, décide de se faire cryogénisé. A son réveil il découvre que le Japon a pas mal changé. Surtout que la littérature est devenue une affaire de machines dirigées par des « sorciers », autrement dit des hommes ou des femmes qui, derrière leur écran, guident une IA, du nom de Turret vers l’écriture d’une œuvre générée en quelques clics. Dans le même temps et pour une raison qui lui échappe encore, Yagura découvre qu’il est devenu une star de la littérature. Un pur plume autrement dit un auteur qui écrit lui-même ses textes… Dans ce futur qui a abandonné l’idée de revenir à l’essence de la création Yagura va tenter le pari de réécrire, ce qui lui permettra peut-être, aussi, de retrouver celle qu’il a quitté en s’endormant durant un siècle.

Pour un premier tome qui pose le cadre, Le dernier écrivain fait le job. Efficace narrativement, il l’est aussi dans la manière de mener son sujet sur la création vue à travers le prisme de son développement assisté par l’IA. Avec, dans tout cela, la « redécouverte » du plaisir à créer, le questionnement sur l’utilité de l’art et la façon de concevoir une œuvre. La suite devrait nous dire si les promesses du premier tome sont justifiées. On est en droit de le penser !

Sébastien Moig

Visuels : ©2026 Chitose Akai/ Shogakukan

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