Le roman du jeudi #2

Le temps d’après

de Jean Hegland

« Debout, à l’extérieur de la Capane, dans la lumière blême du jour, son visage semblait si dur et fermé qu’il me faisait peur. Il avait la même expression que quand elle étranglait ou elle égorgeait un Inhalant, la même expression que quand elle avait recousu l’entaille faite par une branche sur le visage d’Eva et qu’Eva grimaçait et gémissait de douleur. »

La civilisation a disparu il y a quinze ans. C’est aussi l’âge de Burl. Il vit avec ses deux mères Eva et Nell au cœur de la forêt. Il n’a jamais vu d’autres êtres humains. Ses mères lui ont appris qu’ils étaient dangereux. Elles lui ont également enseigné la manière de se nourrir dans la forêt, par la chasse et par la cueillette. Elles lui ont appris à reconnaître les plantes comestibles et celles qui étaient toxiques.

Mais alors qu’il explore seul les alentours, il découvre un groupe d’êtres humains. Se dissimulant, il constate qu’ils sont très maigres et qu’ils se sont préparé un repas avec des plantes sauvages. L’œil exercé et expérimenté de Burl reconnaît des plantes toxiques qui viennent d’être mises dans une marmite. Elles sont mortelles. S’il obéit à ses mères, il ne révélera pas sa présence. S’il leur désobéit, il pourra sauver la vie de ces inconnus.

Cette suite du roman « Dans la forêt » (Gallmeister, 2017) nous fait retrouver les deux sœurs Eva et Nell. Le narrateur se trouve être le jeune Burl qui avec son langage particulier (le trio, alias "Noustrois", a vécu isolé du reste du monde pendant quinze ans) nous décrit la vie de tous les jours, les contes au coin du feu (qui doivent beaucoup à un dénommé Tolkien) et les rencontres imprévues.

Il s’avère que certains des survivants sont incapables de trouver de quoi se nourrir dans une forêt primaire (à la grande consternation de Nell) (1). D’autres appartenant à la nouvelle génération éprouvent de la haine contre les Vandales qui ont détruit le monde. Leur cible : les gens de la génération d’Eva et Nell (ces dernières ignorent toujours pourquoi le monde s’est effondré).

Dans ce roman survivaliste, l’auteur a procédé à une habile construction d’une micro-société composée de trois personnes vivant en harmonie avec la nature. Jean Hegland excelle une fois de plus dans sa représentation de personnages frappés par le destin.

 Damien Dhondt

Auteur : Jean Hegland Le Temps d'après Éditions Gallmeister, collection Totem Parution le 3 juin 2026 Réédition, poche, 336 pages _ 10,90 euros

(1)   Dans le roman « Apaiser nos tempêtes » de Jean Hegland (Éditions Phébus, 2021) une des héroïnes ère au milieu de la forêt à la recherche de nourriture.

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